Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • La crise a eu raison de la fabrique à idées

    Après l'agence de com' lausannoise Angebault & Co qui a mis la clé sous la porte récemment, c'est au tour de l'atypique agence BrainStore de jeter l'éponge. Vingt-deux ans d'existence pour cette dynamique boîte à idées qui se trouvait à Bienne.brainStore, idées, faillite, bienne, boîte à idées

    Je me souviens bien de cette entreprise. La lecture en 94 d'un article consacré à cette dernière m'avait marqué 

    Leur concept était de faire participer ponctuellement des personnes évoluant dans des domaines divers et de tous âges au processus de réflexion. Une sorte de grand brainstorming décloisonné, démocratique et horizontale pour faire germer des idées.

    Parmi ses clients figuraient des entreprises et ONG comme Greenpeace ou la Poste.  Des idées comme la voie 7 ont été mise en application. La voie 7 est une carte qui permet aux jeunes de 16 à 25 ans titulaires d'un abonnement demi-tarif de voyager gratuitement en train dès 19 heures partout en Suisse pour une centaine de francs. Autre idée réalisée, le plan B, qui est un concept de plat à réchauffer et autres petits trucs à grignoter pour ados et jeunes adultes, qu'on trouve chez le distributeur Coop. 

    Les idées avaient pour avantage d'être le fruit d'une réflexion du consommateur et du professionnel de la communication. 

    Hélas, ce ne sont pas les plus originaux ou les plus "disruptifs" qui survivent.

    Pour se rendre compte de ce qu'était BrainStore, une vidéo de la TSR nous plonge au coeur de ses activités : http://www.tsr.ch/video/emissions/abe/464097-brainstore-la-fabrique-a-idees.html

    Et pour comprendre l'origine du projet, voici un lien où l'un des créateurs de cette boîte à idées explique le "pourquoi du comment" en répondant aux questions qui lui sont posées : http://www.objectifreussir.ch/fr/cadre_repertoire/Metier/Brainstore/brainstore.html

     

    Voilà, dommage...BrainStore c'est fini...

     

  • Quand un de ses billets apparaît dans un livre

    Vous avouerez qu'il est plutôt rare qu'un de nos articles de blog apparaissent dans un livre et pourtant, c'est ce qui m'est arrivé. 

    En effet, un de mes entretiens (libre de droit) est réapparu sur deux pages d'un livre en vente dans  les FNAC et toutes les bonnes librairies de Suisse romande. 

    luc chessex,livre,photographie,beaux-arts,interview,billet de blog

    Photo : le livre de Luc Chessex (cliquez sur l'image pour l'agrandir)

     Mon interlocuteur était un jeune entrepreneur français qui a crée sa marque à Lausanne. 

    A l'époque, l'idée m'était venue  d'aller à la rencontre  de jeunes entrepreneurs au parcours atypique et aux horizons différents. Des combatifs qui, par leur talent et l'envie d'entreprendre, ont surmonté les difficultés.  

    Pour en revenir à mon article, mon intention était de faire un entretien loin des sentiers classiques des "tours opérateurs" journalistiques. J'ai abordé des problématiques que la plupart des médias traditionnels suisses n'aborderont jamais lors d'une interview avec un entrepreneur. Mais tout le mérite revient à mon interviewé : Luc, le fondateur de la marque I am shÿ qui avait des choses intéressantes à dire. C'est quelqu'un de vrai et de respectable. Son punch et son parcours sont admirables ! En plus, il n'a pas attrapé la grosse tête comme cela arrive  trop souvent à ceux qui réussissent en créant leur boîte. Pour mémoire, il a fondé une marque de vêtements, un club musical et a démarré sa maison de production.  Excusez du peu !  D'ailleurs, il a un projet actuellement dans le domaine cinématographique.

    Dans une société où la jeunesse est flinguée par le chômage, je voulais montrer un peu d'espoir. Donner le goût d'entreprendre, de se battre quoi ! Même si c'est dix fois plus dur d'entreprendre quand on ne sort pas de HEC, de l'IMD de Lausanne et d'autres grandes écoles et lorsque l'on n'est pas issu d'un milieu favorisé. 

    Le livre s'appelle "De toutes les couleurs". Le thème est le multiculturalisme dans la ville de Lausanne en suisse. Cet ouvrage est l'oeuvre de l'éminent photographe suisse Luc Chessex. Il est secondé par les excellents textes de Claude Muret.

    Bien sûr, je l'ai lu ! J'ai apprécié l'angle d'approche, le message d'ouverture et de tolérance. On pourrait le résumer à un remède contre la constipation identitaire qui règne dans ce pays ! Il suffit de voir les publicités d'ici  pour s'en rendre compte. Elles sont tellement folkloriques avec ses clichés antidatés qu'on croirait des films sous l'ère Stalinienne !

    C'est oublier que la Suisse doit beaucoup à ses arrivants. Des fleurons de l'économie suisse ont pour fondateur des personnes venues s'installer dans ce pays. Ainsi, au "panthéon" de l'économie suisse figurent l'Allemand qui a fondé Nestlé, ou le Parisien qui a fondé Jaeger-Le Coultre, la famille italienne Bertarelli qui avait fondé Serono, Swatch fondée par un Libanais, l'Allemand Walter Boveri de l'entreprise ABB, sans compter les Huguenots français qui ont créé de nombreuses banques.

    Les photos sont superbes ! J'apprécie particulièrement celles qui sont prises sur le vif, comme le faisait si bien à leur époque, des types comme Doisneau ou Weegee. Ce livre est un magnifique instantané du brassage de cultures dans la capitale vaudoise. 

    Voir son nom cité au bas de la page d'un ouvrage classé dans le rayon beaux-arts, c'est la grande classe !  En plus, le livre a une charge positive. Et puis, j'adore ces photographes suisses atypiques  au regard sans faux-semblant. Des personnes telles que Michael von Graffenried font un travail fantastique !

    Voilà, je regrette juste une chose...

    ...L'emplacement du livre à la FNAC de Lausanne...

    Quand je m'y suis rendu, il y a un mois, l'ouvrage était complètement paumé  au fond du magasin, il était posé sur la face la moins accessible du présentoir.  Invisible l'ouvrage !

    En sachant que Luc Chessex est le parrain de l'espace photo de la FNAC de Lausanne, c'est incompréhensible !!!


    La référence du livre est "De toutes les couleurs", de Luc Chessex, aux éditions Favre


    Laurent Opoix

  • Pourquoi le buzz "Gold Fever" s'est révélé être un fiasco

    buzz,pepite d'or,gold fever,crans montana,flop,marketing viral,suisse,valais,office du tourismeJ'ai visionné un des reportages de l'émission "Mise au point" de la Télévision Suisse Romande. Il y était question de l'opération publicitaire "Gold Fever", réalisée par une agence de publicité (agence numéro10) suisse allemande pour le compte de la station de ski de Crans Montana.

    L'idée était de faire croire qu'une pépite d'or avait été trouvée dans la station par un touriste allemand qui, revenu au pays, s'était empressé de faire part de sa découverte à l'Office du Tourisme de Crans Montana. 

    La sauce a bien pris

    Les médias suisses et même étrangers ont relayé la fausse information. Ceci malgré le fait que les journalistes ont le devoir de vérifier leur sources. Alors ne font-ils plus leur boulot ou ne peuvent-ils plus le faire correctement ? Existe-il un journaliste complice dans le premier journal (Blick am Abend) qui a lancé l'information ? 

    Quoi qu'il en soit, la première étape était une réussite. 

    La sauce part en vrille

    A suivi une fausse vidéo, puis la révélation du canular pour la promotion de la station sous la forme d'un rabais de 33% à des dates prédéfinies, sur l'hébergement, le forfait et les cours de ski.  Les internautes étaient invités à se rendre sur le site "Gold Fever", conçu spécialement pour l'opération.

    Une fois l'attention ferrée, le poisson n'a pas mordu à la deuxième étape. Les gens n'ont pas jugé utile de donner suite à leur attention en profitant du rabais offert. 

    Ainsi, on apprenait à la fin du reportage que le résultat était de seulement 10 réservations pour l'offre !

    Sachant que l'opération publicitaire a coûté au total 300'000 francs, cela équivaut à 30'000 francs par tête  !  Même si ce chiffre a triplé depuis la diffusion du reportage, le résultat est un flop.

    Les raisons du flop

    Pour l'agence de publicité mandatée, c'était le plan parfait. Le bon vieux temps de la ruée vers l'or... L'histoire était palpitante, on avait envie de croire, en ces temps pénibles qu'il était encore possible de s'enrichir par la providence .

    - journalistes, des partenaires malgré eux

    Crans-Montana a bien berné les journalistes. Cependant, l'opération publicitaire prévue dans un deuxième temps, avec la révélation de la supercherie, a été relayée par les journaux de manière très brève. Pour doucher l'euphorie initiale, le terme péjoratif "coup publicitaire" ressortait clairement dans les articles.

    - la dichotomie entre l'histoire et la chute

    L'histoire de cette pépite est de l'ordre de l'exceptionnel et la chute de l'histoire est un... rabais de 33%... c'est d'un tel conventionnel qu'on ne s'y attendait pas !

    La chute de l'histoire n'était pas à la hauteur, la montagne a accouché d'une souris. 

    - un décalage entre la nature du message et la cible

    Qui sont les personnes principalement visées, si ce n'est les pères et mères de famille ? Lancer une fausse rumeur peut aboutir à un résultat concluant, mais tout dépend du produit, du service et du public visé.  La rumeur lancée pour la sortie du film "Le projet Blair Witch" a bien atteint son objectif. Cela tient à la nature du produit.  Un film c'est de la fiction. Une rumeur, c'est également de la fiction. Par voie de conséquence, la cible, en principe,ne le prend pas mal. 

    La rumeur est plus communément utilisée et adaptée pour vendre des produits ou des émissions à des adolescents. 

    - Une mauvaise relation

    L'agence publicitaire a bien réussi à engendrer l'attention. Cependant, elle était basée sur une "mauvaise relation" parce que tronquée. L'attention que nous avions accordée à cette nouvelle, en faisant confiance à ces branques de journalistes, nous a été soutirée indûment. Et dès le moment  où la duperie est révélée, dans l'esprit du récepteur se sont installés la suspicion, le blocage, le rejet face à l'idée proposée.

    - Un environnement socio-économique ignoré

    Nous sommes en pleine crise. Le chômage et la précarité explosent. C'est plus qu'une crise économique, c'est une crise de CONFIANCE. Entre les entreprises qui ont truqué leur compte comme Enron, les subprimes qui étaient notés triple AAA par des agences de notations et les banques qui nous font croire qu'elles sont victimes de traders hors de leur contrôle, les mensonges ont été les vecteurs de la crise.

    Ces agissements de cols blancs ont été possibles grâce au laxisme des politiques dans le domaine économique. La conséquence de cette crise qui aurait pu être évitée est que la population européenne aspirent à une société plus franche, plus transparente et plus fiable  !!! 

    Dans ce climat, lancer de cette manière une opération commerciale  est, à mon avis, irréfléchi. En vacances,  monsieur Tout-le-monde veut oublier le "marché" et ses mauvaises combines. Essayer d'attirer des vacanciers,  en pratiquant les combines du marché, c'est grotesque. C'est une cité hivernale, pas un DisneyLand. 

    Est-ce qu'un père de famille a envie d'aller skier dans une station qui se paie un buzz malhonnête alors qu'il essaie d'insuffler à ses enfants des valeurs comme la franchise, le respect de la parole, etc... ?

    - se servir du contrat de confiance entre les médias et les lecteurs

    Nous achetons des journaux pour lever un voile de vérité, comprendre les interactions de ce monde. Ce n'est vraiment pas l'endroit ou nous nous attendons à être les victimes d'une supercherie commerciale. L'histoire nous parraissait vraisemblable puisque nous faisions confiance aux journalistes et à leur déontologie. L'agence numéro10 a habilement abusé de cette relation de confiance. 

    Lorsque le lecteur s'est aperçu de la manipulation mercantile de Crans Montana, il s'est senti floué.

    Pour étayer mes dires, voici quelques commentaires trouvés sur le web :

    Journal le Matin :

    leboss | le 16 oct. 2011 à 17:13

    Heureusement le ridicule ne tue pas ( encore ) Ces grandes stations se croient tout permis et seules au mondes. Donnons un peu plus de crédit aux petites stations . Moins de pognon mais plus de chaleur humaine ou le touriste n'est pas qu'une machine à "pomper " le fric

    Tabla | le 16 oct. 2011 à 16:56

    Un humour très particulier du coté de Crans-Montana. Il faut vraisemblablement être du coin pour comprendre.

    http://blog.sixieme-dimension.ch  :

    4. Le samedi 15 octobre 2011 à 16:34, par Dr HS Varonier

    Après de faux-vrais slogans dénigrant la station, voici une fausse-vraie annonce sur un vrai-faux potentiel aurifère de ses environs ! Les spécialistes de la communication-marketing appointés par CMT ont raison de ne pas vanter les charmes et les atouts touristiques de notre Haut-Plateau! Il vaut mieux les ridiculiser avec de bien débiles "buzz"! Les autres stations valaisannes ne peuvent que s'en gausser, comme l'a déjà fait Verbier!

    7. Le dimanche 16 octobre 2011 à 20:19, par Gomez

    Mais on va continuer longtemps de prendre les touristes pour des neuneus? C'est ridicule d'agir comme ceci et ce n'est pas une PUB pour la région.

    http://www.lenouvelliste.me/fr/services/courrier/index.php?idIndex=&idContent=367283  :

    Fausse pépite d’or: quelle mouche a piqué l’OT de Crans-Montana?

    Que tant de gens se soient prêtés à ce jeu délirant est simplement honteux et pathétique.

    Bien piètre image pour la station du Haut-Plateau... Le ridicule ne tue pas? Espérons-le!

    No comment pour ces commentaires éloquents.

    - l'humain laissé de côté

    Le parent n'est pas en train d'acheter une paire de chaussures, mais un moment d'évasion, de communion avec sa petite famille.

    Il cherche de la convivialité pour ses enfants. Les rabais sont secondaires, de toute façon, il a l'embarras du choix de ce côté-là.

    - aucune différenciation envisagée

    Le coeur de la stratégie est en fait un rabais. On ne peut pas faire plus conventionnel. Au lieu de mettre toute les forces créatives pour générer de l'attention autour d'un vulgaire rabais, il aurait fallu commencer par ce qu'on voulait apporter de plus aux vacanciers. 

    Cette opération ne renforce pas l'ADN de Crans-Montana. Rien n'est proposé aux vacanciers comme service personnalisé ou amélioré. Rien pour se différencier, à part avec l'argent.  

    Le consommateur cherche vraisemblablement autre chose qu'un rabais. Peut-être un supplément d'âme comme la convivialité, la bienveillance des professionnels du tourisme et des habitants, leur envie de raconter et de faire partager leur amour de leur région. Un service personnalisé ou des événements hivernaux inédits. 

    En dehors de l'éthique

    Cette opération virale contrevient à l'éthique. En même temps, c'est rarement la préoccupation des communiquants. Pour certains, ce terme est ringard et anti compétitif. Uniquement utile si l'on travaille comme chargé de communication dans une ONG. Ils n'ont rien compris.

    Il suffit de voir les communications malhonnêtes des entreprises qui se font tailler en pièces sur le web. Etre méprisant, flouer les gens ou mentir ne pardonne plus. La communication qui scandait sa bonne parole depuis sa chaire, c'est fini !  

    Il aurait fallu choisir une agence RP !

    Si les responsables de la promotion touristique voulaient faire parler d'eux, ils auraient dû faire appel à une agence de relations publiques. Ils ont préféré une agence de publicité spécialisée dans le buzz.

    Seulement, le vacancier n'en a rien à secouer de savoir que Crans Montana a fait un buzz. Il ne va pas venir à la station pour ça. 

    Une agence de relations publiques aurait fait un travail de réflexion de fond. Ses collaborateurs scrutent l'actualité se plongent dedans, ils vont chercher, ce qui dans l'ADN de l'entreprise, pourrait faire le sujet d'un article captivant. Sinon, ils créent le chaînon manquant, sous la forme d'un événement ou d'un autre outil à leur disposition porteur de sens. 

    Cette rigueur de travail de qualité débouche sur une bonne couverture médiatique. 

    A contrario, l'agence de publicité mandatée par la station a créé une actualité montée de toute pièce et en porte-à-faux avec les attitudes et les valeurs de "monsieur tout-le-monde".

    Le défaut de certains publicitaires lorsqu'il veulent que les journaux parlent de leur opération, est leur fâcheuse habitude de jeter un pétard sur la place du village, un jour de marché. Une fois l'attention acquise, ils sortent de derrière un buisson en disant "Ca va tout le monde ? c'était pour vous dire...". Ils se focalisent uniquement sur leur effet de surprise, en omettant tout le reste.

    L'agence et l'Office du Tourisme de Crans Montana se sont fourvoyés. Dommage pour une station qui, selon son directeur de l'Office du Tourisme a perdu 1'200 lits en 20 ans ce qui fait une perte moyenne de 85 millions à 120 millions par année.

    Il ne suffit pas de faire parler de soi, encore faut-il le faire de manière concluante.

     Le buzz pour le buzz ne sert à rien !