04/06/2009
Originaire de la Courneuve, Luc Godonou Dossou crée sa marque "I am Shÿ" avec son cousin.

Tout d’abord, je signale que cet article n’est pas un publi-reportage que ce soit bien clair.
Pour vous situer Luc et David Godonou Dossou ont créé il y a 5 ans * une marque de mode appellée « I am shÿ ». Une création en partant de zéro et à ce stade on peut dire que c’est une réussite. La notoriété de cette marque prend de l’ampleur. De nombreuses stars approchées par les créateurs d’ « I am shÿ » lors du festival de Cannes ou d’événements ont accepté de poser avec des lunettes ou des t-shirts de la marque. Même Beyoncé est repartie du festival avec des habits "I am shÿ" Sur leur site vous pouvez vous rendre compte de la palette de personnalités qui ont sympathisé avec les deux cousins. La liste est longue… Cette marque, à mon avis est partie pour faire un véritable carton.
Photo: A gauche David Godonou Dossou et à droite son cousin Luc
Interview de Luc Godonou Dossou :
Peux-tu me décrire la philosophie de ta marque et à qui elle s’adresse ?
Le concept I am Shÿ allie la musique, la mode et le cinéma, tout ce qui nous passionne mon cousin et moi. C’est une marque trendy, urbaine et accessible au plus grand nombre.
Des entrepreneurs tels que Mohammed Dia ou Malamine Koné (patron de Airness) qui sont aussi issus d’un milieu modeste ont-ils été pour toi une source d’inspiration ?
Ce sont deux exemples qui me prouvaient qu’il était possible de réaliser ses rêves et de pouvoir se surpasser parce que ce sont des gens qui sont aussi issus d’un milieu modeste. Malamine habitait à côté de chez moi à Saint Denis pareil pour Mohammed Dia qui était de Sarcelles. Ça prouvait qu’avec beaucoup, beaucoup de travail, tu pouvais réaliser tes ambitions même s’il y a très peu d’élus avec beaucoup d’appelés… mais c’était possible.
Voir des jeunes bac + 5 galérer dans ton quartier, ça doit donner le message aux jeunes que quoi que tu fasses comme études, ça ne sert à rien ?
Tu as ceux qui pensent que ça ne sert à rien et qui n’avancent pas dans la vie et tu as ceux qui ont fait ces études et qui retrouvent ces mêmes difficultés mais qui se battent pour que ça serve à quelque chose. Il y a plein d’exemples de types qui sont partis étudier au Japon Des Noirs qui parlent couramment le Japonais qui ont cherché du boulot en rentrant et qui n’ont pas trouvé et qui se retrouvent à traduire des mangas. Mais déjà personnellement, c’est un enrichissement incroyable et à un moment donné tu as poussé tellement de portes. Tu aura tellement de projets que y’en aura un qui passera, mais il ne faut pas être défaitiste sinon on se tue. C’est vrai sinon tu arrêtes de vivre. Pour moi, c’est l’espoir qui fait vivre. Si tu as plus d’espoir, c’est fini. Moi, depuis que je suis né, j’ai toujours su qu’il fallait se battre.
C’est dû aussi à l’éducation que j’ai eu. Souvent tu as beaucoup de parents qui délaisse ce côté éducatif et c’est pas les profs d’école qui vont te la donner cette éducation. Quand tu fais des enfants c’est pas pour qu’ils traînent. Tu as un rôle, tu dois leur expliquer la vie. Et à partir du moment que tu as une bonne éducation tu avance bien dans la vie. Même dans les quartiers tu as beaucoup de personnes qui font ce travail d’éducation. Parmi les jeunes que tu citais tu as ceux qui sont défaitistes et tu as ceux qui auront les mêmes problèmes et qui vont étudier et qui vont y aller, être indépendant et qui vont vouloir s’en sortir. C’est ce message qu’il faut surtout faire passer.
Le racisme semble institutionnalisé puisque les exemples sont nombreux de personnes refoulées par les ressources humaines pour une couleur de peau ou un nom à consonnance étrangère.
Le problème comme partout est que pour que ton CV passe, il faut qu’il soit lu par les personnes importantes comme tu le dis les Ressources Humaines et voilà quand ça ne passe pas, ça ne passe pas. Il y a vraiment une barrière à ce niveau là. C’est dommage mais il faut toujours se battre pour la contourner, c’est ça le message que je veux faire passer. On devra toujours bosser deux fois plus que les autres pour être considéré.
Mais voilà c’est un fait et il faut faire avec pour l’instant jusqu’à ce que les choses changent et il semble que les choses changent regarde aux Etats-Unis. J’ai jamais vu un pays aussi communautaire, j’y suis allé souvent. Je suis contre le communautarisme parce que pour moi c’est ne pas s’ouvrir sur les autres. La société américaine est très communautariste. Et pourtant tu viens de voir un président métis chez eux. Ca veut dire qu’à un moment donné, on juge la personne sur ce qu’elle fait et c’est ce qui m’intéresse. Je pense que les choses évolueront dans le bon sens. Je l’espère en tout cas.
Comment avez-vous financé votre projet ? Vous aviez un business plan que vous avez présenté à des banques ?
Au départ quand on a fait les deux premiers T-shirts, tout le monde aimait les designs alors avec David on s’est dit qu’on allait pousser le truc un peu plus fort en créant une collection. On est parti voir les banques. Les banques nous disaient qu’il fallait trois ans d’existence pour pouvoir avoir un prêt et qu’il fallait venir avec les business plans. On a fait les business plans… Les banques ne sont toujours pas venues. Finalement, on est allé voir les personnes qui croyaient le plus en nous. C’était la famille, l’entourage et les amis en fait. On a mis toutes les économies puis on a lancé le « bébé ».
L’entourage a t-il tout de suite cru en vous ?
Ils ont vu que les premiers t-shirts plaisaient beaucoup, ils ont vu le potentiel et regarde où l’on est cinq ans après. Les banques, je ne sais pas à quoi elles servent en fait. Clairement si tu veux un million d’une banque il faut un million sur ton compte. Moi, si j’ai un million sur mon compte, j’ai pas besoin d’un prêt d’une banque. C’est-à-dire, elles sortent le parapluie quand il fait beau et quand il pleut, salut quoi.
Avant d’avoir la boutique vous vendiez vos T-shirts dans la rue ?
Les premiers T-shirts c’étaient les amis qui te les achetaient et puis après les amis des amis qui les trouvaient chouette les achetaient aussi. Après on s’est dit faut qu’on aille plus loin il n’y a pas que les t-shirts, il y a les robes, les pulls, les casquettes, les ceintures, les accessoires, les sacs. Il nous fallait plus d’argent alors on a demandé un cou de main à la famille puis aux amis et les gens ont cru en notre projet.
Estimes-tu être un modèle de réussite pour les Noirs en Suisse ?
Non (rire), je suis juste une personne timide, I am Shÿ qui essaie de vivre de ses rêves c’est tout.
Tu ne veux pas être un porte drapeau ?
Non surtout pas. Le message c’est tout le monde peut s’en sortir, il faut juste bosser sans relâche et puis faire beaucoup de sacrifices.
Si tu avais un million à dépenser pour ta promo, quelle star engagerais-tu ?
Je prendrais cent francs, je l’utiliserai pour la promo et j’utiliserai le reste de l’argent pour réaliser mon rêve (la Fondation).
Etait-ce votre première tentative de création d’entreprise ?
Dans la mode oui.
Est-ce que vous faites de la publicité presse ou magazine ?
On en a fait avec Seventh Sky people magazine. Mais le truc qu’on utilise c’est surtout le buzz.
Vous utilisez beaucoup Youtube ?
Enormément et les médias qui ne sont pas payants. Après c’est tout ce qui est rédactionnel en fait. Faire des events qui font parler de toi. On appelle ça du marketing viral chez nous.
Tu as réussi à faire porter des lunettes ou des habits I am Shÿ à de nombreuses personnalités (+ de 200 !) Est-ce que tu prends les stars qui viennent ou tu les tries ?
Non c’est au feeling et comme la marque dégage un certain capital de sympathie assez intéressant, les gens aiment la porter et puis comme ça a l’air pas trop naze ce que l’on fait… On est parti aux States, on est parti au Japon. Dernièrement, on est parti à Hong Kong sur le plateau d’un film qui se tourne avec Frédérique Bel et pas mal d’autres stars. On a apporté les T-shirts et les accessoires à Hong-Kong,. Tu vois le truc c’est qu’on n’a pas peur de bouger et qu’on est vraiment débrouillard.
Est-ce que les médias français toquent à votre porte ou pas encore ?
J’ai eu la surprise d’apparaître il y a trois semaines dans le magazine people Ooops (rire) au côté de Misha Barton. Ça veut dire que ça commence à parler.
Interview de Laurent Opoix
15:53 Publié dans interview | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : mode, i am shÿ, mode stars |
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11/03/2009
Portrait d'un parcours atypique réussi
Portrait d'un parcours atypique réussi

A 24 ans, dépourvu de diplômes, Simon Vicari nous prouve que malgré tout on peut se sortir de n'importe quelle situation avec de la détermination, de l'intuition et du talent.
Pouvez-vous me résumer votre parcours ?
J'ai fait mes écoles jusqu'à la huitième année. A ce moment là, j'ai décidé d'arrêter l'école pour me lancer dans un apprentissage de cuisinier que j'ai arrêté un an et demi après. Ensuite, je me suis lancé comme DJ dans le milieu de la musique hardstyle ce qui m'as permis trois mois et demi après, d'avoir mes premiers contrats et de devenir DJ. Après avoir tourné plusieurs années en tant que DJ dans le milieu musical romand et au delà des frontières, j'ai par ce biais eu la chance de connaître des patrons de discothèques, j'ai donc pu m'intégrer à l'intérieur de celles-ci.
J'ai commencé par l'Amnésia Club à Lausanne en tant que responsable promotionnel. Par la suite, j'ai navigué dans plusieurs autres clubs toujours en tant que responsable marketing et publicitaire pour devenir, il y a deux ans, directeur du Queen's club et du B-club à Genève, ce qui m'a permis d'avoir un point d'appui dans ce milieu là et d'en faire mon travail. Après avoir pris la direction de ces deux clubs, un de mes amis a racheté le Cult Club à Lausanne. Il m'a tout de suite intégré à son staff en tant que responsable promotionnel et marketing pour lequel je bosse actuellement depuis un an, ce qui m'a permis d'améliorer ma réputation, de gagner de l'argent et de pouvoir racheter le Harper's Pub à Lausanne. Ce dernier est depuis deux semaines ma propriété avec trois associés. Un pub totalement « Irish » situé à la rue de la Barre.
A quel moment votre vie professionnelle a basculé du bon côté ?
C'est à l'âge de 16 ans que j'ai vraiment pris conscience que dans la vie il fallait s'accrocher et travailler. J'ai fait plusieurs conneries comme tous les jeunes. Je me suis retrouvé dans un foyer de jeunes en difficultés. Ce jour là, j'ai pris conscience que n'ayant rien, il fallait que je me sorte les « pouces des fesses » et que je devais m'acharner pour avoir une place de travail. C'était la seule solution que j'ai pu trouver pour m'en sortir. J'ai donc décidé de me donner à fond, d'apprendre les bases du marketing et de faire des études sur le tas afin d'en faire un métier.
Vos origines ont-elles freiné votre parcours?
Etant libanais d'origine et adopté, ça n'a pas été très simple dans mon enfance quand j'allais à l'école. J'étais dans le nid à part, de fils adopté. Ca a donc été dur surtout dans les années 85-90. Dans ma vie professionnelle, le fait que je ne vienne pas forcément de Suisse mais d'ailleurs m'a mis des freins lors de mes envois de dossiers de candidature. J'ai souvent souffert du regard des gens qui constamment m'assimilait tout de suite à un étranger, ils se disaient "il n'a le droit qu'a une place de travail très très basse".
Comment expliquez-vous votre réussite ?
Je l'explique par le fait que je me suis beaucoup donné professionnellement. J'ai souvent eu des places de travail pas forcément bien payées dans lesquelles je me suis acharné professionnellement pour avoir aujourd'hui la considération et le respect des gens qui m'entourent. Ma réussite c'est surtout d'avoir mon propre respect sur ce que j'ai pu réaliser et sur mon parcours très satisfaisant.
C'est quoi pour vous la réussite ?
Pour moi la réussite passe d'abord par l'investissement personnel et l'acharnement. Ca passe aussi, lorsque l'on est employé, par l'écoute des gens placés au-dessus de soi. Il faut beaucoup de stratégie publicitaire et communicative pour faire d'un petit grain un grand champ
Jacques Séguéla (publicitaire) a déclaré que si on n'avait pas une Rolex à 50 ans on avait raté sa vie, vous en pensez quoi ?
Ce n'est pas parce qu'on a une Rolex qu'on a forcément réussi dans la vie et j'espère qu'à 50 ans, j'aurais toujours le travail que je fais. Dans la vie, il y a d'autres réussites que celles matérielles avec des montres de luxe et de belles voitures.
On parle de self made man mais ne pensez-vous pas qu'on doit toujours quelque chose à quelqu'un et que personne ne se fait tout seul ?
Effectivement, je pense que l'on doit toujours quelque chose à quelqu'un mais pas matériellement parlant. Il y a beaucoup de gens qui m'ont aidé et soutenu, qui ont pris du temps et qui m'ont formé, comme mes patrons. Par exemple, quand j'étais directeur du B-Club à Genève, mon patron aurait pu engager quelqu'un bardé de diplômes qu'il n'aurait pas eu besoin de former. Au lieu de cela, il a choisi de m'engager et de me former en misant sur mes capacités en marketing. C'est aussi grâce à ce genre de personnes (que je remercie) que j'ai pu me forger des bases solides sur la vision du travail.
En Angleterre, on favorise la motivation et la détermination. Ici ce sont les certificats de travail, les diplômes et la filiation qui priment. Quelle est pour vous la meilleure méthode de recrutement ?
On n'a pas besoin d'avoir des diplômes pour être bon dans la vie, j'en suis la preuve car je n'ai ni certificat d'études, ni CFC. Pour moi, ça passe d'abord par le premier contact avec la personne et surtout par les capacités de la personne. L'Etat nous impose d'avoir un papier pour être reconnu mais les gens peuvent être très bons par la formation professionnelle et par les diverses expériences qu'ils ont acquises. Moi je ne sélectionne pas un employé sur son CV ou ses qualifications, je sélectionne sur le feeling, la réussite et la tchatche.
Comment expliquez-vous un tel engouement pour la vie nocturne de Lausanne ?
Le succès lausannois provient des nombreux clubs qu'on y trouve. A savoir, le Cult, le D club, le Mad, l'Amnésia, le Loft et j'en passe...Il y'a une quinzaine de clubs qui sont très attractifs. Lausanne est la capitale Romande et Suisse de la nuit. Notre ville est un milieu très clubbing, c'est à dire qu'on n'y trouve pas forcément du VIP. Mais on y trouvera toujours une palette d'artistes et de prestations qui attireront des gens de l'extérieur chez nous, pour pouvoir voir, par exemple, un David Guetta qui ne passera pas à Genève ou à Zürich. N'oublions pas que les vies nocturnes genevoise et zürichoise sont en pleine évolution, mais on restera, à Lausanne, le pôle des nuits de Romandie grâce aux diverses animations et shows qu'on peut y trouver.
Les délits « de sales gueules » à l'entrée des clubs, vous en pensez quoi ?
Je pense que c'est à double tranchant parce qu'il y a beaucoup d'abus de la part de la sécurité comme quand elle refuse l'entrée aux Albanais qui sont en bande ou alors à une personne seule. Mais d'un autre côté, ce n'est pas plus mal car ça évite aussi l'effet de masse dans les clubs. Ca évite aussi les bagarres parce que l'alcool influence la décision des gens et favorise le conflit. Il est vrai qu'à Lausanne, il y'a du délit de sale gueule dans tous les clubs mais c'est pareil en France ou à l'étranger. Il ne faut pas non plus généraliser ce n'est pas parce que trois Albanais arrivent ensemble qu'ils vont tout casser. C'est peut être des personnes qui ont un travail stable et qui viennent dépenser sans compter. Mais il y a une tendance à généraliser, moi par exemple, je suis Libanais et si j'arrive à l'entrée d'un club avec 5 Libanais, on va me dire « ce n'est pas possible » à moins qu'on sorte une carte visa. Le délit de sale gueule, je n'en souffre pas mais si j'étais un simple clubber, j'aurais de la difficulté à rentrer. Je devrais passer par plusieurs étapes : contrôle des cartes, des poches et on observerait mon comportement pour voir s'il correspond au style de la boîte.
Quels sont vos projets?
Mes projets sont d'abord d'exploiter le premier bar que j'ai acheté et de le remettre « un peu en place » grâce à la publicité et au marketing. Par la suite, je souhaite pouvoir ouvrir d'ici une année, deux autres établissements et créer ainsi une chaîne de bars Harper's Pub en Romandie.
www.harpers-pub.ch
Laurent Opoix
20:44 Publié dans interview | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : interview, récit, parcours |
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17/02/2009
Quand la solidarité colmate les brèches...
Quand la solidarité colmate les brèches...
[Interview] Caroline apprend la comptabilité à Céline qui enseigne le jardinage à Samir qui transmet à son tour l'arabe à Laure. Je suis allé à la découverte d'une association lausannoise qui met en place un réseau d'échanges réciproques de savoirs.
Le lien social s'effiloche chaque jour un peu plus avec notamment la désintégration de la cellule familiale et la fermeture des petits commerces de proximité. C'est pourquoi, j'avais envie de mettre en lumière le réseau d'échanges réciproques de savoirs, qui rétablit des liens entre les cultures, les générations et les classes sociales.
Fondé en 1970 à Evry, par une Française, Claire Héber-Suffrin, le réseau s'est étendu à toute la France, puis à certains pays francophones comme la Belgique et le Canada, avant d'apparaître en 1989 à Lausanne. Il est basé sur le principe que chacun sait quelque chose et peut l'apprendre aux autres. Par exemple, je veux apprendre la guitare et je connais la sténographie, je formule donc une demande concernant la guitare et j'offre en échange mes connaissances en sténographie (pas forcément à la personne qui m'apprend la guitare). La monnaie du réseau étant le savoir, il n'y a pas d'argent en jeu et chacun apprend sur un pied d'égalité car tous les savoirs sont égaux.
Mais, laissons mes réflexions de côté et écoutons Madeleine Moret, la coordinatrice du réseau d'échanges réciproques de savoirs qui a mis sur pied ce principe en Suisse. Le réseau va d'ailleurs bientôt fêter ses vingt ans d'existence.
Pourquoi et comment ce concept a t-il été importé en Suisse ?
A l'époque, j'ai découvert ça quand je faisais ma troisième année d'école sociale et puis on a visité des structures alternatives au travail social. Quand j'ai découvert le réseau d'échanges de savoirs réciproques, j'ai trouvé ça tellement génial qu'avec une de mes camarades, on a décidé d'en faire notre travail de diplôme. En même temps, j'ai mis sur pied le premier réseau en Suisse. J'ai trouvé l'idée très séduisante d'accorder à tout le monde la possibilité de s'instruire et de transmettre son savoir.
Comment est financé votre réseau ?
On est subventionné par la Commune de Lausanne pour toute l'infrastructure, les téléphones, la location d'appartement et les autres frais. On en retire un 45% de salaire de poste d'animatrice qu'on se partage en trois et le reste est du bénévolat.
Vous croyez vraiment qu'on est tous capable de transmettre ce que l'on sait ? (Je me souviens que certains de mes profs à l'école étaient de grands incompris...)
Je suis sûre que l'on est tout à fait capable de transmettre ce que l'on sait surtout si l'on a, en face de soi, une personne qui désire apprendre ce que l'on sait. Je trouve que c'est un stimulant. Et puis, transmettre à l'autre, ça s'apprend aussi. Il y a un aspect pédagogique dans l'échange.
Quels sont les échanges de savoirs les plus fréquemment demandés ?
Actuellement, ce sont les langues les plus demandées. L'informatique démarre fort. On a aussi des échanges manuels comme la peinture sur bois, un échange qui dure depuis des années et qui permet de réaliser des œuvres collectives comme peindre ensemble une armoire.
Quelle est la demande la plus farfelue que vous ayez reçue ?
Il y a une demande que j'ai trouvée marrante. C'était un monsieur qui se retrouvait seul et qui voulait apprendre à repasser ses chemises, en précisant qu'il voulait seulement le devant. Il me dit: «... parce que derrière, je mets une veste donc le devant me suffit. »
Qu'est ce que ça a apporté dans votre vie ?
Ҫa m'apporte une richesse incroyable au niveau des connaissances, connaissance des gens, connaissance de ce que j'apprends à travers tous les gens qui passent ici. A connaître d'autres cultures et reconnaître les savoirs de chacun.
Si vous deviez résumer en une phrase votre réseau (tel un slogan publicitaire) ?
Un lieu qui regroupe toutes les nationalités, où l'on peut apprendre dans la gratuité et la réciprocité.
Voilà, je remercie Madeleine Moret et toute son équipe de l'Avenue d'Echallens pour leur accueil si chaleureux. Passionnée, elle a su me transmettre ses idées avec enthousiasme et m'accorder du temps. Ce qui m'a aussi séduit dans ce concept c'est la valorisation de l'individu par la transmission de son savoir. C'est important dans une société qui ne valorise que ce qui se chiffre en millions de dollars. Nous sommes tous de riches détenteurs d'un savoir : savoir manuel, savoir-faire, savoir culturel, savoir basé sur une expérience de vie, etc... alors partageons-le !
www.rers.ch
Laurent Opoix
20:40 Publié dans interview | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : interview, lien social, association, partage, échange, savoir |
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